Petite...

Petite...
Elle se lève, après s'être doucement réveillée, et regarde autour d'elle: tout est encore sombre à cette heure. Les rayons du soleil ne glissent pas encore dans sa petite chambre où rien ne luit. C'est une petite chambre comme il doit y en avoir tant d'autres: un petit lit pour son petit corps, une armoire pour ses vieilles affaires et...Rien d'autre! Juste le minimum vital, comme répètent ses parents: une mère dépendante des tranquillisants et un père teigneux ne s'arrêtant jamais de boire.
Oh! Il y a toujours bien plus malheureux qu'elle sur Terre. Ce n'est pas comme si elle avait grandi dans un pays en guerre, était orpheline ou elle ne savait quoi encore. Elle, elle vit en France: le pays des droits de l'Homme. Ici, les petits peuvent se débattre, combattre l'oppression comme David l'a fait avec Goliath. Sa maîtresse le lui a dit et elle l'a dit à son père qui s'est mis dans une colère noire.
Tous les parents doivent être comme les siens, répétant: « Fais ci, fais ça! Vas faire la vaisselle! Range la salle!...». Elle ne voit pas pourquoi les siens seraient une exception. Elle s'y est habituée, et, si ça va mal, ce n'est que de sa faute. Elle a bien compris! Son père est alcoolique par sa faute, sa mère dépressive par sa faute...
A l'école, on lui dit que les parents sont là pour prendre soin de leurs enfants. Ses camarades ne font jamais aucune tâche ménagère. Alors, pourquoi en fait-elle? Pourquoi était-elle toujours fatiguée? Pourquoi a-t-elle ces drôles de cernes autours de ses yeux et des bleus aux bras?
Les rayons du soleil éclairent enfin l'intérieur de sa chambre et tout s'éclaircit. Elle se tourne pour observer son lit défait et y surprend quelqu'un d'endormi, quelqu'un de son âge. C'est un petite fille lui ressemblant étrangement, mais elle est nue, allongée sur le ventre, le visage enfermé dans la taie d'oreiller, une main tombant dans une flaque de sang, par terre. La petite fille est recouverte d'hématomes, de contusions et de petites blessures insignifiantes: son épaule semble avoir été déchiquetée par un couteau comme lorsqu'on découpe un poulet et du sang coule de la blessure pour se déverser sur le sol.
Il va falloir qu'elle nettoie tout ça avant que son père ne le voit...Son père! Elle se souvient, à présent. Son père, soûl comme tous les soirs, est entré dans sa chambre et lui a dit qu'il s'amuserait avec elle. Que s'est-il passé, ensuite? Elle se souvient de la souffrance physique et morale, des prières qu'elle s'est dites, puis...Plus rien! C'est elle qui est étendue dans ce lit. Elle le sait, maintenant.
# Posté le lundi 19 décembre 2005 17:53

Dans le hall...

Dans le hall...
Je suis une femme, je sais pas exactement ce qu'il se passe dans un hall, mais je me plait à l'imaginer:
"Vas-y, ferme la porte. Putain de vent!" Un se bouge et va fermer la porte avant de retourner à sa place en silence. Ils sont tous là à ne rien faire, à regarder les aiguilles de la Swatch tourner petit à petit...
"Putain de journée de merde! ça me fout les nerfs de rester ici. Vas-y, Kahlouche! Roule ton schlair..." Et le mec s'exécute en silence. Il sort une Camel, un paquet d'OCB, un bout de shit et un briquer et commence à effriter tandis qu'un autre du groupe prend à son tour la parole:
"T'as pas entendu la story avec Sarah? Elle s'est faite niquée par des pélos de l'autre cité, d'après ce qu'on dit" Les autres lèvent la tête. Il se passe quelque chose. Une nouvelle qui change de la routine, tout en y restant collée.
"Qu'est-ce tu veux que ça nous fasse? Le jour où je pourrais la fourrer, là j'en jacterais, mon frère...C'est une pute. Bsartek pour nous! On peut baiser comme ça." Le silence revient, toujours plus lourd. Faut qu'ils trouvent quelque chose à faire de leur vie. Faut qu'ils partent d'ici où ils vont être bouffés par la cités, par ces grands HLM...Pourquoi ils supportent ça? A cause de quelle loi céleste? Ils comprennent plus, alors ils vivent au jour le jour...
"Sa mère, Habib! Tu me dois 50 eus, oublie pas. Fais pas ta pute avec moi! Je t'ai dépanne, mais tu rembourses" L'un d'entre eux lève la tête. Quoi? Encore des problèmes d'argent? Même entre amis, il n'y a plus que ça qui compte ou quoi?
"C'est bon! Je vais te rembourser, là. Gobe pas la mord..." L'autre acquièsce en silence. Le croit-il? On sait pas. Maintenant, la pensée, c'est un schlair pour pouvoir se détendre. Qu'y a-t-il d'autre pour eux ici? Vas savoir.
"Fini le schlair! Alors, se soir, on pense à piave? Moi, je veux rentrer comme une épave... J'ai que ça, maintenant. On se déçoit pas entre amis. Parce que le reste..."

C'est juste une brive de pensée, d'imagination...Seulement, est-ce que c'est possible???
# Posté le lundi 19 décembre 2005 18:15
Modifié le dimanche 17 février 2008 05:57

J'ai que sept ans...

J'ai que sept ans...
Moi, je m'appelle Auguste. J'ai que sept ans et je suis d'origine congolaise. Je suis jamais allé dans mon pays. Moi, c'est la France, là où je suis né.
Je vis dans un grand immeuble avec pleins de gens différents: c'est beau! C'est triste! Il y a tellement de gens de cultures différentes. Mon copain Jamel ne croit pas au même Dieu que moi, mais je m'en fous. Il est comme moi! Il porte le même genre de vêtements que moi: des survêtement achetés au grand magasin...
Puis, nos grands frères sont aussi amis. Ils restent ensembles sur les bancs avec des drôles de cigarettes à la main. Moi, je m'en fous! Je joue au foot. J'aime ça! J'aimerais bien faire du foot tout ma vie comme ceux à la télé...C'est Zidane, mon idole! Je pourrais aussi y arriver...
Sinon, je veux devenir médecin, mais il faut que je sois bon à l'école. J'aime bien aller à l'école, mais j'ai du mal à suivre les cours. Et la maîtresse ne m'aide pas beaucoup! J'ai parfois de mauvaises notes et mon père me crie dessus. Je suis habitué! Mon père ne parle que pour crier...
Mon père, il travaille beaucoup. Il dit qu'il a honte de mon grand frère. Je sais pas pourquoi! Sûrement parce que lui ne part pas travailler à l'usine tous les matins comme lui. Mon père ne nous parle pas beaucoup. Ce serait plutôt ma mère...
Ma mère reste beaucoup à la maison. Elle fait à manger! Je l'aime bien, ma mère. Je veux qu'elle soit heureuse...
Mais, moi, je veux juste jouer au foot avec les enfants du quartier. Après, je rentre chez moi et je dors pour aller à l'école le lendemain...
J'aime bien ma vie! Je comprends pas tout, mais je suis bien en bas de mon immeuble. Je ne sais pas pourquoi tout le monde se plaint. Je me sens chez moi ici. J'ai pas d'autres endroits...
Alors, pourquoi les autres m'appellent l'Etranger????
# Posté le lundi 19 décembre 2005 18:31

Ma version des faits...

Ma version des faits...
Ils marchent tranquillement dans la rue en parlant. Pourquoi la voiture de fonction s'est arrétée? Ils savent pourquoi: les survêtements, les baskets et les casquettes qu'ils portent; leurs peaux trop foncées pour eux...
Ce ne peut être que ça! Les deux hommes sont obligés de s'arrêter. C'est la loi ici! Les flics ont le droit de stopper les jeunes alors qu'ils ne font rien de mal. Tant pis! ça ne prendra que quelques minutes, si tout va bien...
Deux hommes sortent de la voiture et s'approchent des deux jeunes, l'un trop noir, l'autre trop arabe.
"Alors, on se promène? Vos papiers, vous deux. Vite!" Il vaut mieux ne pas relever les paroles. Elles ne les atteignent plus. Si, elles les atteignent, mais faut pas le montrer. Il faut juste s'exécuter...
Les papiers sortis, les moqueries commencent par rapoort à leurs noms. L'un des deux jeunes hommes prend la parole:
"S'il vous plait, respectez-nous messieurs. On est pas des racailles!" les deux flics lèvent la tête, en même temps. Qu'a-t-il dit de mal? Toujours eux qui disent les mauvaises choses? Ils le savent...
"Ta gueule! Tu veux finir dans un transfo, toi aussi?" Non, ils ne veulent pas mourir. Ils veulent juste qu'on les respecte. Est-ce trop demander? Faut croire que oui! Le respect, c'est pas pour eux...
"Je vous parle correctement, monsieur. Faites pareil, s'il vous plait." L'homme le regarde avec étonnement. Encore une fois, il a trop parlé dans sa recherche de respect. POurquoi ont-ils parlé?
"Fouillez-les, ces petits cons! On va leur apprendre à se taire." Raté, une fois de plus. Ils y arriveront la prochaine fois...
# Posté le lundi 19 décembre 2005 18:47
Modifié le dimanche 17 février 2008 05:59

Laisse tomber...

Laisse tomber...
"Qu'est-ce tu veux que j'aille me faire chier au bahut?" C'est vrai! Pourquoi allaient-ils perdre leur temps à l'école? Ils étaient déjà assez perdus dans leur vie...Ils ne se sentaient pas bien à l'école, comme encore plus étrangers...
Puis, si c'était pour entendre les professeurs les insulter, ce n'était pas la peine...Où était le respent qu'on essayait de leu enseigner? Il s'était sauvé, lui aussi, en voyant la misère dans laquelle ils vivaient.
"Et tu vas faire quoi de ta vie?" Pourquoi posait-il des questions dont il savait déjà les réponses? Ils allaient faire comme tout le monde: se débrouiller comme ils pouvaient. De toutes façons, ça ne pouvait pas être pire que ce mal être qu'il ressentaient tous quand on leur parlait de leurs langues d'origines, de l'Histoire de France et de cette démocratie.
Quelle démocratie? Celle qui les entassait dans des cités et les envoyait dans des ZEP? Qu'avaient-ils fait de mal? Eux qui rêvaient d'être des français à part entière, pas des français entièrement à part...Pourquoi tous ce mépris? Depuis leur naissance, ils vivaient avec...
"On avisera. On fera comme on peut! Toi même, tu le sais! Ils ne nous acceptent pas comme on est, de l'autre côté. On est que des putains de racailles, alors autant l'être jusqu'au bout" Ils devenaient ce que les autres disaient d'eux. Que pouvaient-ils faire d'autre? Ce n'était pas eux qui allaient devenir membre du gouvernement, ni cadre supérieur ou ils ne savaient pas quoi d'autre. Eux, ils étaient ouvriers, employés de bureau ou délinquants. C'était comme leur destin! Triste réalité! mais, c'était leur seule réalité, à eux...
"Vous pouvez pas faire comme ça! Vous êtes français, merde!" Français? Depuis quand? Ils auraient aimé le ressentir une seule fois, ne pas se sentir exclus par ce pays, cette société dans laquelle ils vivaient...
"Que sur les papiers, pas dans le respect! Merde! On les nique ceux de ce putain de gouvernement. On veut pas en entendre parler! Qu'il nous respecte et on les respectera!" Peut-être cela arrivera-t-il un jour? Ne plus être considéré juste comme une racaille juste bonne à dealer, voler ou aggresser? Ils l'espéraient tous, au fond d'eux-même: vivre librment en France...
"Vous êtes surs de vous, là? Vous foncez dans le mur." Tant pis! Ils n'avaient plus rien à perdre, si ce n'est leurs chaînes. Ils ne croyaient plus en l'avenir. On leur donnait rien, alors ils le prenaient. C'était simple!
Qu'on leur donne le respect et un travail sûr! C'était tout ce qu'ils demandaient...C'était pas grand chose...
# Posté le lundi 19 décembre 2005 19:22